Naomi Klein met en garde contre l’application d’un “capitalisme du désastre” à Haïti
29 janvier 2010
source| blog.lemonde.fr |

Alors que les secours peinent toujours à se mettre en place en Haïti et que la population éprouve des difficultés à trouver de quoi se nourrir et boire, les pays qui lui viennent en aide parlent déjà de la reconstruction. Devant l’ampleur de la catastrophe, la tâche s’annonce énorme. Leonel Fernandez, président de la République dominicaine, estime que 10 milliards de dollars devront être débloqués pour permettre au pays de se reconstruire. Un travail qui, selon l’ambassadeur haïtien en Espagne, pourrait demander jusqu’à 25 ans.
Au concert de bonnes volontés qui demandent l’annulation de la dette du pays ou l’augmentation des aides, viennent s’ajouter certaines qui disent voir dans la catastrophe des “opportunités pour les Etats-Unis”. Des voix, comme celle du think-tank conservateur américain Heritage Foundation, que la journaliste Naomi Klein accuse vouloir profiter de la catastrophe. Dans son dernier ouvrage, La Théorie du choc, elle explique comment certains groupes de pression “profitent des crises comme prétexte pour imposer les politiques qu’ils ne peuvent pas mettre en place dans des conditions de stabilité” : “Durant les périodes de crises extrêmes, les peuples sont assez désespérés pour recevoir une aide humanitaire de toute nature, toute forme de financement, et ils ne se trouvent pas dans une position favorable pour négocier les conditions de cette aide.”
suite
Ici un lien qui fait la synthèse de différent médias sur ce sujet.
La stratégie du choc en 7 minutes
29 janvier 2010
La stratégie du choc de Naomi Klein
Décès de l’historien Howard Zinn
29 janvier 2010
source AFP
Il a ensuite enseigné à Spelman, une université où étudiaient principalement des femmes noires à Atlanta en Georgie (sud-est), puis à la Boston University, où il est devenu célèbre en menant grèves et manifestations anti-guerre.
L’universitaire américain Howard Zinn, dont l’histoire alternative des Etats-Unis est devenue un document culte pour des millions de personnes dans le pays, dont de nombreuses célébrités, est décédé à l’âge de 87 ans, selon son site internet.
Le journal Boston Globe a rapporté qu’il était décédé hier d’une crise cardiaque lors d’un séjour à Santa Monica en Californie.
Militant contre la guerre du Vietnam et champion de la lutte pour les droits civiques des noirs aux Etats-Unis après la Seconde guerre mondiale, M. Zinn était à l’avant-garde de la mutation sociétale du pays entre les années 1950 et 1970.
Mais il était surtout célèbre pour son livre "Une Histoire populaire des Etats-Unis" qui s’est vendu à des millions d’exemplaires dans le monde.
"Ses écrits ont changé la conscience d’une génération, et contribué à ouvrir de nouvelles voies pour la comprendre et son rôle crucial dans nos vies", a dit un jour à son sujet le célèbre intellectuel de gauche, le linguiste Noam Chomsky, selon le Boston Globe.
Cet homme de haute stature aux cheveux blancs né à New York a collaboré avec de nombreuses célébrités dont l’acteur Matt Damon, le réalisateur Oliver Stone, ou les chanteurs Bruce Springsteen et Bob Dylan.
Après avoir travaillé sur un chantier naval, il a été dans l’armée de l’Air pendant la Seconde guerre mondiale, avant de poursuivre ses études et d’être diplômé de l’université Columbia à New York.
Naomi Klein : la gauche en héritage
29 janvier 2010
source | www.courrierinternational.com | 19.02.2009 | Larissa MacFarquhar | The New Yorker
Elle est devenue la figure la plus visible et la plus influente de la gauche américaine – à l’instar d’un Howard Zinn ou d’un Noam Chomsky il y a trente ans. Naomi Klein…
…s’exprime régulièrement aux quatre coins du monde, et des centaines de personnes se déplacent pour l’écouter. Elle est même devenue l’icône des icônes. Le groupe de rock Radiohead et la chanteuse Laurie Anderson vantent ses livres à leurs fans. La comédie de John Cusack War, Inc. s’est inspirée de ses reportages à Bagdad. Et le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón a été tellement enthousiasmé par son dernier livre, The Shock Doctrine*, paru en 2007, qu’il a gracieusement réalisé un spot publicitaire pour sa campagne de promotion. Lorsque la crise économique a débuté, la situation semblait tellement bien coller avec ses théories qu’elle a été invitée sur toutes les chaînes de télé pour en parler.
La thèse centrale de The Shock Doctrine est que, contrairement à ce que l’on nous dit, capitalisme et démocratie ne vont pas de pair, pas plus que le libre marché et la liberté des personnes. Bien au contraire, le capitalisme – du moins le capitalisme fondamentaliste tel que prôné par l’économiste Milton Friedman et son école de Chicago – est si impopulaire et si manifestement nuisible pour tous (excepté pour les plus riches d’entre les riches) que son règne nécessite au mieux la supercherie, au pire la terreur et la torture. Friedman, qui pensait que les marchés étaient plus efficaces lorsqu’ils étaient délivrés des interventions de l’Etat, prêchait la suppression de toutes les mesures destinées à protéger le peuple contre la logique du marché. Naomi Klein répond qu’une population ne peut accepter de telles réformes qu’à condition de se trouver dans un état de choc, au lendemain d’une crise, d’une catastrophe naturelle, d’un attentat, d’une guerre.
Une personne en état de choc régresse à un stade infantile et cherche une figure parentale pour prendre le contrôle de la situation.
De même, une population en état de choc confiera des pouvoirs exceptionnels à ses dirigeants. Naomi Klein en tire la conclusion suivante :
l’école de Chicago est “un mouvement qui prie pour l’arrivée d’une crise comme un agriculteur en période de sécheresse prie pour l’arrivée de la pluie”.
Pis, les adeptes de Friedman sont parfois trop impatients pour attendre que les forces de la nature se déchaînent. Si les catastrophes naturelles sont difficiles à manigancer, les coups d’Etat et les attaques terroristes sont à tout moment possibles.
“Nombre des violations des droits de l’homme les plus infâmes de notre époque ont été commises soit dans le but de terroriser la population, soit dans celui de préparer l’introduction de ‘réformes’ radicales allant dans le sens du libre marché”, soutient-elle.
Mais, après le choc économique qui a ébranlé Washington à l’automne dernier, les choses ne se sont pas tout à fait passées comme dans The Shock Doctrine. Jusqu’à un certain point, la réaction initiale à la crise économique est venue corroborer la thèse de Naomi Klein : le choc (les faillites bancaires et l’effondrement du marché) a mené le gouvernement américain à prendre des pouvoirs sans précédent (il a lancé un plan de sauvetage des banques de 700 milliards de dollars, accordés sans conditions), martelant que, dans une telle crise, on doit lui faire confiance, même si les moyens qu’il met en œuvre peuvent sembler enrichir les plus riches aux dépens de tous les autres. Mais la concordance avec The Shock Doctrine s’arrête là, car la machine s’est grippée. Scandalisés, les citoyens américains ont envoyé des lettres par milliers, les blogueurs se sont épanchés sur l’étrange familiarité de la situation, qui leur rappelait le lendemain du 11 septembre 2001. Ils ont écrit que le plan de sauvetage des banques était l’équivalent économique du Patriot Act [loi promulguée après les attentats du 11 septembre qui a considérablement renforcé les pouvoirs du gouvernement en matière de lutte contre le terrorisme]. Mais, comme l’écrit Naomi Klein en conclusion de son ouvrage : la mémoire est parfois un antidote au choc.
